Dans les pas d’un diamantaire

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Le langage complexe du diamant n’a plus de secret pour lui.  C’est un scientifique en pierres précieuses et il manie avec finesse l’une des plus convoitées au monde : le diamant. Nous avons donc rencontré pour vous un diamantaire. Un Martiniquais.

 

Pour des raisons de confidentialité, nous ne dévoilerons pas l’identité de notre portrait de la semaine. Un anonymat que nous avons souhaité respecter sur notre média accélérateur de talents. Tout d’abord, nous tenons à le remercier. Merci d’avoir accepté cette entrevue. Il le dit lui-même : “J’ai accepté pour montrer que nous excellons partout dans le monde. Parfois là où on ne nous attend pas ».

 

25 degrés. Le fleuriste à la sortie du métro Square Victoria fait des heureux avec ses fleurs pleines de vie. Les clients achètent. Le fleuriste sourit. La vie bat son plein dans le Vieux-Montréal. Quelques touristes mitraillent l’arrondissement aux allures de Wall Street avec leur appareil photo.  Nous, dans tout cela nous avions rendez-vous dans la rue Saint-Jacques avec le diamantaire au Crew Collectif & Café. Un lieu époustouflant. Le café s’est installé au rez-de-chaussée de l’ancien édifice de la Banque Royale du Canada. Témoignage d’une autre époque : un joli plancher en marbre, un plafond de plâtre peint orné de luminaires en laiton. C’est dans ce décor soigneusement réaménagé que nous avons rencontré le diamantaire.

“Tout de suite j’ai voulu entreprendre, je n’ai pas cherché à m’insérer dans une case, je voulais exercer librement”

Venu de Martinique, il a connu Paris qu’il a quitté pour Montréal en 2005. Il n’a jamais aimé les études et d’ailleurs n’en a jamais vraiment fait. Ce qui ne l’a pas empêché de travailler dans des domaines divers et variés. Car lui c’est un autodidacte, un électron libre qui aimait déjà analyser les bijoux de sa mère en les exposant au soleil.

Un essai dans une bijouterie. Il demande si on peut se former pour devenir un spécialiste du diamant. C’est un « oui ! »: il s’informe et découvre l’association GEM-A. La plus vieille association de gemmologues au monde. La GEM-A est aujourd’hui un des organismes les plus recherchés, pour l’estimation de diamants, de perles et de pierres de couleurs, pour l’enseignement et ce à portée mondiale, tant pour la veille gemmologique que pour la fabrication et la vente d’instruments gemmologiques. De recherche en recherche, il découvre qu’un centre certifié n’est pas loin de son domicile à Montréal. “Je décide de me former et là, les frais de scolarité me coupent le souffle car ils sont extrêmement élevés”, raconte-t-il. Pas question de freiner ses ambitions. Il enchaîne les boulots pour se payer le rêve de toute une vie. Une volonté qui va lui permettre durant six mois de suivre des cours de qualité qui font référence dans le monde de la gemmologie.

« On doit être 3000 dans le monde à faire ce métier »,

Ce geek dans l’âme s’est retrouvé face à des « têtes » comme il dit ! “Ma promotion était composée de personnes plus qu’intelligentes », dit-il en riant. Des Suisses, des Colombiens, des Chinois. Il fréquente le monde entier et réussit ses examens. En 2014, il s’envole pour Londres au siège de la Gemmological Association of Great Britain pour recevoir son diplôme de gemmologue.

 « Le monde des diamantaires, c’est une petite famille »,

“Tout de suite j’ai voulu entreprendre, je n’ai pas cherché à m’insérer dans une case, je voulais exercer librement”. De chez lui ou dans des ateliers, il évalue sur demande les pierres qui lui sont confiées. “J’émets des rapports d’expertise sur des diamants ou d’autres pierres… Un rapport d’expertise complété sous forme de certificat d’évaluation. C’est ce qui est le plus couramment demandé, ainsi que des rapports d’identification ou de qualité”, explique-t-il.

“On manipule des grosses sommes, mais on fait peu de bénéfices »

Le quadra est aussi très fier du réseau qu’il s’est tissé dans ce domaine.  « Le monde des diamantaires, c’est une petite famille, explique-t-il. On doit être 3000 dans le monde à faire ce métier ». Un réseau relationnel qui n’accepte aucune erreur. “Une erreur et c’est fini”, témoigne-t-il, le regard grave et très sérieux.

Conscient de faire partie d’un univers de rêve, il garde cependant la tête sur les épaules. “On manipule des grosses sommes, mais on fait peu de bénéfices ». Des marges faibles qui ne l’empêchent pas de vivre confortablement et surtout simplement. “Je ne suis pas un gars du « m’as-tu-vu », je mène une vie simple, je fais des choses simples et cela me convient ».

 

Le goût des beaux objets et des matières précieuses, notre portrait de la semaine l’a depuis sa tendre enfance. Il aimait déjà regarder les étoiles sous le ciel chargé de Terre Sainville, un quartier populaire multiculturel près de Fort-de-France, où il a grandi. Une vallée fièrement installée entre deux mornes (NDLR : pentes)

 

Il achète et revend les plus beaux spécimens qui lui passent entre les mains. Fin connaisseur en gemmologie, il doit être à même de reconnaître les vraies pierres des fausses. Au fait des prix du marché, il sait reconnaître les qualités qui font la valeur de chacune: sa rareté, mais aussi son poids, sa coupe, sa couleur, sa pureté… et les estimer les unes par rapport aux autres. Enfin, comme tout négociant, il connaît sur le bout des doigts toutes les procédures pour acheter ou vendre en devises étrangères au meilleur taux, remplir les papiers de douane, gérer efficacement son stock…

 

Rare, risqué, souvent confidentiel et fondé sur la réputation, le diamantaire est considéré comme un personnage entouré d’un grand mystère, qui voyage à travers le monde en vivant des aventures rocambolesques afin de trouver les plus belles pierres directement sur leur lieu d’extraction. Il l’a sûrement fait : il ne nous le dira pas vraiment. Notre portrait de la semaine est un passionné qui joue avec des morceaux d’éternité sous sa loupe.

Stécy LANCASTRE

Crédit photo : Nytha Oronga dans le cadre de l’exposition Visages d’Outremer pour Francokaraibes

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