Yoann Saint-Louis, au nom de la persévérance

Cofondateur de Carfully, Yoann Saint-Louis croit en l’écosystème entrepreneurial caribéen. Lui, il a choisi les Antilles pour se lancer au nom de la persévérance.

 

Souriant, prêt à être interviewé, la magie d’internet nous a permis de nous entretenir avec cet entrepreneur dans l’âme.  Une question posée, Yoann Saint-Louis  répond  à toutes les autres que nous avons prévus. Le cofondateur de Carfully maîtrise et sait de quoi il parle. L’écosystème start-up antillo-guyanais il le connaît par coeur et il y croit. D’ailleurs sa détermination est telle qu’il a créé avec des entrepreneurs, MartiniqueTech et il en est le président.  Une heure d’interview, une heure durant laquelle, Yoann Saint-Louis inconsciemment motive.

 

De la Guadeloupe à la Martinique, Yoann Saint-Louis a navigué une grande partie de sa jeunesse entre les deux îles. Une aubaine qui lui a permis d’apprécier fortement les spécificités de chaque territoire qui ont chacun un bout de lui.

Au temps des études, Yoann Saint-Louis choisit après le baccalauréat de poursuivre en prépa, vous savez deux ans pour approfondir ces connaissances pour préparer les concours de grandes écoles. Mais…l’affaire n’est pas si simple. Il stoppe sa course en première année. Trop rude pour l’électron libre qu’il a toujours été.

De la prépa, à l’éco-gestion, Yoann finit par tenter sa chance dans le sud de la France, à Bordeaux dans une école de commerce L’ISEG.  

Ces cinq années passées à l’ISEG lui ont ouvert les portes de l’Irlande. “Cette expérience m’a permis de me frotter aux méthodes pédagogiques anglo-saxonnes”. La Dublin Business School a joué un rôle important dans son cheminement personnel. “J’ai rencontré le monde entier dans cette école, des Chinois, des Indiens, des Italiens…, déclare-t-il.

“J’ai toujours voulu entreprendre, créer, c’est en moi”

Clap de fin pour les études, il intègre une grande boite parisienne en tant que chef de projet. Manager, coordonner des ressources graphiques, techniques et bien d’autres. À ce poste, il côtoie le gratin des entrepreneurs qui oeuvrent dans le e-commerce français. Deux ans plus tard, il arrête tout, car il dit en avoir assez du salariat. “J’ai toujours voulu entreprendre, créer, c’est en moi”, explique-t-il.

“J’ai tout plaqué sur Paris pour partir à la Martinique”.

C’est une rencontre qui changera tout. Celle de Satyam Dorville. Lui, il a déjà un pied dans l’entrepreneuriat avec The M Agency. “Lorsque j’ai rencontré Satyam, il m’a parlé de son agence, j’ai tout de suite adhéré au projet. J’ai donc commencé à m’occuper depuis Paris de la partie commerciale et du business développement”. Voilà sept ans que cela dure. The M Agency, ils ne l’ont jamais vraiment lâché, mais on prit du recul par rapport à l’autre affaire qui va les réunir : Carfully.

Les déjeuners avec Satyam Dorville s’enchaînent dans la capital, jusqu’au jour où son collaborateur  évoque l’idée de faire un de ses collègues partant à la Martinique, de louer la voiture de sa mère. Bingo ! C’est exactement ce qu’il faut faire.

“J’ai tout plaqué sur Paris pour partir à la Martinique”. Terre de son enfance, Yoann Saint-Louis reconnait que l’île est au fait de l’entrepreneuriat. 100 euros, deux ordinateurs, Carfully voit le jour en 2012. “Nous avons tout fait, je gérais le bureau, les livraisons de voitures, des réparations…”, raconte-t-il. 

“Il ne faut pas croire, on a eu envie de jeter l’éponge à plusieurs reprises”, ajoute-t-il. Ces phases de doutes répétitives, Yoann Saint-Louis a dû les combattre. “Carfully répond à un vrai problème et nous n’avions rien à perdre à essayer” insiste-t-il. Les bonnes rencontres ont mené Carfully à une levée de fonds spectaculaire d’un demi-million d’euros. Un exploit.  “Nous avons trouvé sur notre route, des personnes qui ont cru en nous”.

À coeur vaillant rien d’impossible, six ans après la location de voitures entre particuliers bat son plein en Martinique et en Guadeloupe. De start-up à une entreprise avec des actionnaires, Carfully joue désormais dans la cour des grands et s’exporte très prochainement à la Barbade et à Saint Lucie.

“J’ai toujours voulu redonner aux Antilles”.

Une stratégie hors Europe, Amérique du Nord que Yoann Saint-Louis justifie. “Culturellement, on peut aller à des endroits où les Européens et les Américains n’iront pas. Les habitants sont contents de voir que d’autres Caribéens comme eux se développent et adhèrent au produit”.

Guidé par la persévérance, Yoann Saint-Louis est un homme de convictions.  “Il faut créer un succès digital aux Antilles-Guyane. Selon lui  ce succès ouvrirait plus de portes aux entrepreneurs de ces territoires ou l’esprit start-up est encore flou pour les structures qui ont la capacité d’accompagner financièrement. Transmettre une vision, c’est aussi ce que Yoann Saint-Louis souhaite donner aux jeunes. Lui aussi il avait une vision avant de se lancer : “J’ai toujours voulu entreprendre et j’ai surtout toujours voulu redonner aux Antilles”.

Stécy LANCASTRE

crédit photo : Carla