Les Foulées de Bayif sont une épreuve unique dans la Caraïbe. Leur format, inspiré des courses cyclistes par étapes, en fait un rendez-vous sportif à part.

SLANCASTRE

Il existe des courses que l’on admire de loin… et d’autres que l’on décide de vivre. Les Foulées de Bayif font partie de celles-là. Unique dans la Caraïbe, cette course à pied par étapes reprend le format emblématique du cyclisme, offrant aux coureurs une aventure sportive hors du commun. J’ai décidé de quitter les coulisses pour enfiler un dossard. Le n°89. Je vous raconte.

Depuis 2019, je participe à cette belle fête en tant que logisticienne au sein de Chrono Univers. J’ai vu des centaines de coureurs franchir la ligne d’arrivée, partager leurs émotions, se dépasser et écrire leur propre histoire. Mais cette année, tout a changé. J’ai décidé de quitter les coulisses pour enfiler un dossard. Le n°89. Après plusieurs mois de préparation, de doutes, d’entraînements et de sacrifices, je me suis enfin lancée dans cette aventure, avec une seule envie : vivre Les Foulées de Bayif de l’intérieur.

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8 jours dans les mornes de Baillif

Avant même le départ, cette édition avait déjà une saveur particulière. Avec l’équipe de Chrono Univers, j’ai eu le plaisir de participer à la conception du dossard et de la médaille remise à chaque finisher. Voir ces créations prendre vie, portées fièrement par des centaines de coureurs, a été une immense satisfaction.

Pendant huit jours, les mornes de Baillif ont imposé leur loi. Les montées semblaient ne jamais finir. Les descentes demandaient autant de vigilance que d’énergie. Chaque étape était un nouveau défi, physique bien sûr, mais surtout mental.

J’ai souffert. Vraiment souffert.

Il y a eu ces instants où les jambes ne répondaient plus, où le souffle se faisait court et où chaque pas semblait être celui de trop. Ce qui m’a profondément marquée, c’est la bienveillance des autres coureurs. Alors qu’ils jouaient les premières places, Michel Pradel, Sunilda Calme, Claudia Viardot, Lucien Démocrite, Ismaël Lacrosse ou Dimitri Dubreucq prenaient toujours le temps de m’adresser un mot d’encouragement, un sourire ou un simple « Allez, tu vas y arriver ! ».

Et puis il y avait les habitants de Baillif.

À chaque étape, ils étaient là. Devant leur maison, au détour d’un virage, au sommet d’une montée, ils applaudissaient, encourageaient, appelaient chacun par son prénom ou son numéro de dossard. Peu importait que l’on soit premier… ou dernier. Pour eux, chaque coureur méritait le même soutien.

Ces encouragements m’ont portée bien plus loin que je ne l’aurais imaginé.

Au fil des kilomètres, j’ai aussi découvert Baillif autrement. Une commune que l’on traverse souvent sans imaginer la beauté brute qui se cache derrière ses mornes, ses ravines et ses paysages. Malgré la fatigue, malgré les ampoules, je me suis surprise à admirer cette nature exigeante et magnifique.

À plusieurs reprises, mes pensées se sont tournées vers mon arrière-grand-mère, Toubel, née ici, à Baillif. Je l’imaginais, bien des années auparavant, parcourant ces mêmes chemins avec son panier rempli de fruits et de légumes. Cette image m’a accompagnée tout au long de la course, comme un fil invisible entre son histoire et la mienne.

Au total, vingt-sept concurrents ont abandonné l’épreuve. Moi, je suis allée jusqu’au bout. Pas parce que j’étais la plus rapide, mais parce que je refusais d’abandonner. Chaque arrivée avait pour moi le goût d’une victoire.

Il y a une différence énorme entre organiser une course et la vivre de l’intérieur : on apprend à écouter son corps, à dompter son mental, à transformer la douleur en force. Ces 8 jours m’ont appris que la limite qu’on s’impose est souvent bien plus basse que celle qu’on peut réellement atteindre.

Stécy LANCASTRE,

Journaliste

Crédits photos : Ville de Baillif

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